Test – Catherine

Ah … Catherine. J’entends parler de toi depuis un moment déjà. L’heure de notre rencontre est enfin arrivée. J’ai hâte, j’ai les mains moites, je transpire rien qu’à voir une photo de toi. Et pourtant la nuit, je fais d’affreux cauchemars… J’ai l’impression d’être un mouton, balloté par la société de consommation qui me dit ce qu’il me faut acheter. Mais toi… Catherine es-tu aussi aguicheuse que tu le laisses paraître ? Ou dépenser mon argent pour tes services serait-il comme jeter par la fenêtre le peu de liquidité que j’ai sur moi ?

 
Je m’appelle Vincent…
Je m’appelle Vincent, trentenaire un peu paumé, qui n’a rien d’extraordinaire et ressemblant à nombre d’hommes de ma génération. J’aime traîner le soir au bar du coin, le Stray Sheep, et parler avec mes potes de nos soucis ou avec les quelques clients qui vont et viennent. C’est là-bas que j’ai rencontré pour la première fois Catherine. Jeune, jolie et avenante de surcroît, elle semble tout droit sortie de mes fantasmes. Elle ferait facilement tourner la tête à plus d’un homme mais pour je ne sais quelle raison, c’est sur moi qu’elle a jeté son dévolu, quitte à être maintenant que j’y pense un peu envahissante. Mais il y a un gros problème. J’ai déjà une petite amie qui, comme un fait exprès, se nomme Katherine, avec un K, et à laquelle je tiens énormément. Nous sommes dans une phase délicate de notre relation qui dure depuis un moment déjà et ma rencontre avec Catherine n’arrange rien. Je suis totalement perdu. Pour parfaire le tableau, je fais d’étranges cauchemars où j’ai l’impression d’y jouer ma vie.

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Des p’tits cubes, des p’tits cubes, toujours des p’tits cubes
Ces cauchemars, j’ai beaucoup de mal à m’en souvenir mais ils me poursuivent toutes les nuits et ressemblent à un immense puzzle-game où le but serait de gravir une montagne de cube et d’atteindre le sommet avant que le sol ne se disloque sous mes pieds. Pour ce faire, je dois tirer, pousser ces blocs pour me frayer un chemin en créant des « escaliers de cubes », que je ne peux monter qu’un par un.
Cela a l’air simple comme ça mais au fil des nuits, les choses se compliquent ostensiblement au fur et mesure de ma progression. Il existe nombre de cubes, plus lourds que la moyenne et qui me ralentissent, de glace sur lesquels je glisse et qui pourrait me précipiter dans le vide ou encore des cubes qu’il m’est impossible de bouger et avec lesquels il faut que je compose pour ne pas me retrouver coincé trop longtemps. Il y a d’autres sortes de cubes comme ceux qui partent en miettes si je marche trop de fois dessus, d’autres qui explosent quelques secondes après y avoir posé le pied, détruisant les autres blocs environnants. Un vrai casse-tête. Il me faut réfléchir vite et bien. Heureusement, après avoir atteint le sommet, je rencontre d’autres « personnes », des moutons, dans le même pétrin que moi. On y apprend des techniques très utiles pour maîtriser au mieux l’escalade de ces murs de cubes. On échange des idées et on apprend à mieux se connaître et à se soutenir dans cet affreux cauchemar. On peut même acheter des bonus qui nous permettront de nous faciliter la tâche mais en général on en croise lors de notre escalade. Il y a ainsi par exemple, le cube blanc qui ajoute un bloc là où il en manquait un, la boisson énergisante qui permet de monter de deux cubes à la fois pendant un court laps de temps ou encore un livre qui élimine les adversaires qui se mettent en travers de mon chemin. Car oui, je ne suis pas seul dans cette galère et parfois ceux que je rencontre ne me veulent pas du bien et c’est à celui qui sera le plus fort ou le plus futé pour éviter la confrontation que revient le droit de progresser.

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Choix non cornéliens
Entre deux escalades, lorsque je me retrouve au sommet, il y a un confessionnal où une entité étrange me pose des questions déroutantes sur des choix moraux, souvent en rapport à l’engagement, l’amour, le travail, la vie et mes attentes. J’ai bien l’impression que selon ces choix la fin de cette aventure dans laquelle je suis lancé se terminera différemment. C’est comme lorsque je traîne au bar et que je réponds aux textos que m’envoient Catherine ou Katherine, mes réponses affecteront mes relations avec les deux, même si au final cela reste minime. Je suis donc souvent confronté à faire des choix et selon eux mon karma évoluera dans un sens comme dans l’autre.

 
Pilier de bar
Au Stray Sheep, j’aime m’y attarder pour boire et plus je bois plus je suis rapide lors des escalades de mes cauchemars. Je choisis les musiques d’ambiance du bar grâce au juke-box mis à disposition. Je regarde les nouvelles télévisées qui relatent les morts inexpliquées d’hommes de mon âge. Il y a comme un parfum d’ésotérisme dans l’air et les rumeurs d’une malédiction des hommes infidèles courent parmi les habitués du Stray Sheep, quand ces derniers ne font pas de la psychologie de comptoir. Pour me détendre, je joue souvent à la bonne d’arcade « Raiponce » qui me rappelle furieusement le principe de ce puzzle-game qui hante mes rêves.
Je ne sais pas vraiment où tout cela va me mener, mais quelque part c’est avec une certaine excitation et volonté que je veux découvrir le fin mot de cette histoire. Bref, je m’appelle Vincent et avec Catherine, je suis dans de beaux draps.

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Atypique
Est surement le mot que vous vous dites à la lecture de cette critique. Et c’est exactement le mot pour décrire l’expé-rience Catherine. Avec des thèmes rarement exploités, si ce n’est jamais dans le jeu vidéo, le soft d’Atlus est une vraie merveille scénaristique. Sous des airs aguicheurs, Catherine est un jeu de réflexion-aventure dans tous les sens du terme. Loin du jeu de drague que laisse supposer sa jaquette, le jeu vous plongera dans une histoire profonde et maîtrisée de bout en bout qui vous amènera à réfléchir sur votre propre vie, sur vos actes et votre comportement dans vos relations amoureuses, que vous soyez actuellement en couple ou pas. De plus, il existe deux autres modes de jeux, Babel, sorte de mode survie avec des niveaux générés aléatoirement qu’il vous faut débloquer avec l’aventure principale et vos exploits lors des phases d’escalades, et un autre mode similaire mais jouable à deux en coopération. Long, bien réalisé, plutôt très beau, plein de trouvailles de gameplay et en empathie constante avec Vincent, le héros, vous vous sentirez transporté et impliqué par l’histoire de ce jeu. Ce jeu est comme une belle femme, joli à regarder mais bien plus profond et enrichissant qu’il peut y paraître, n’en déplaise aux machos.

 
On aime
+ La direction artistique, scénaristique et vidéoludique

On aime moins
– La cloche qui sonne sans cesse entre les différentes phases d’escalade

Verdict
Catherine est un très bon jeu. Atypique et profond de par son histoire et son gameplay, il ne se résu-me pas qu’à sa jaquette. C’est un jeu adulte, non parce qu’il est cochon mais bien parce qu’il exploite des thèmes que seuls des adultes seront à même de comprendre clairement.

Captivant

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