Dossier – Ubisoft : une histoire de fratrie

Electronic Arts, Square Enix, Sony Computer Entertainement, Activision, Ubisoft, Konami, Take-Two Interactive, Koch Media… ne sont que quelques exemples parmi une foule d’éditeurs. En tant que joueurs, nous les côtoyons sans arrêt, nous les soutenons, nous les fustigeons mais sans jamais vraiment les connaître. Qui sont réellement ces éditeurs ? Quel est leur histoire, leur origine ? Depuis quand existent-ils ? Quels jeux ont fait leur renommée ? Et surtout quelle vision avez-vous d’eux ?
Pour commencer cette rétrospective non exhaustive de l’édition vidéoludique, nous allons nous intéresser (dans un esprit légèrement chauvin) à Ubisoft.

Une histoire de fratrie

Ubisoft est une entreprise française de développement et de distribution de jeux vidéo. Elle a été créée en Bretagne en 1986 par les cinq frères Guillemot dont Yves qui en est l’actuel PDG.
Avant la création de cette société, Yves et ces frères ont fondé dans leur ville d’origine (Carentoir dans le Morbihan) Guillemot Informatique puis Guillemot Corporation. Après la naissance d’Ubisoft, ils ont fondé Ludiwap, Gameloft (1999), Guillemot Ventures, Longtail Studios et Advanced Mobile Applications – AMA Studios (2004) avec plus ou moins de succès, chacun des frères prenant la direction d’une des sociétés.

La vision d’Ubisoft

D’après l’entreprise, le nom « Ubisoft » repose sur le terme d’ubiquité et du suffixe « soft », abréviation du mot « software » signifiant « logiciel » en anglais. Pour la petite histoire, certains considèrent que le préfixe « Ubi » est l’acronyme d’Union des Bretons Indépendants.
Son PDG, Yves Guillemot, décrit sa société de la manière suivante : « J’ai fondé Ubisoft avec mes frères en 1986, avec une idée simple en tête : travailler avec des gens passionnés et passionnants et apporter du plaisir aux joueurs. Pour continuer à surprendre nos millions de fans partout dans le monde, nous cherchons chaque jour à repousser les limites de la création et de l’innovation. Plus que de simples jeux, nous avons la volonté de créer des univers, sources d’évasion, de fun, de découvertes mais aussi d’apprentissage, et d’épanouissement pour chacun. L’industrie du jeu vidéo est en perpétuel mouvement, les équipes Ubisoft et moi-même sommes impatients de relever les défis qui s’offrent à nous pour vous apporter toujours plus de plaisir ! ».

Historique et quelques chiffres

Pendant les 3 premières années de son existence, Ubisoft se contente d’éditer et de distribuer des logiciels ludo-éducatifs, désir premier de la société. Ce n’est qu’en 1989 que l’entreprise se lance dans la création avec le lancement de Zombi, premier jeu entièrement développé en interne. Zombi est un jeu d’action-aventure en vue subjective mêlant exploration, collecte d’objets, combats en temps réel et résolution d’énigmes. S’inspirant du film de George A. Romero « Zombie », le jeu raconte l’histoire de quatre jeunes gens piégés dans une centre commercial envahi de… zombies. Sorti sur Amstrad CPC, il est ensuite porté sur Amiga, Commodore 64, Atari SY… et connaît un très beau succès, ce qui permet de lancer Ubisoft.

Ainsi de 1989 à 1994, l’entreprise s’internationalise et ouvre des filiales de distribution au Royaume-Uni, en Allemagne, en Suisse, au Japon et aux États-Unis.
En parallèle, Ubisoft ouvre en 1992 son premier studio de développement : Ubisoft Paris, suivi par celui de Montpellier et de Bucarest (Roumanie).
Depuis, et à ce jour, le groupe possède 29 studios de création (Ubisoft Annecy, Toronto, Shangai, San Francisco, le studio Red Lynx…) et compte 9 200 collaborateurs répartis dans 28 pays différents.
Parmi tous ces studios, celui basé à Montpellier abrite l’autre figure emblématique d’Ubisoft : Michel Ancel, créateur en 1995 de Rayman qui deviendra une véritable mascotte pour la société. Ancel est également derrière Beyond Good & Evil, sorti en 2003.
Actuellement, le studio de production le plus important de l’entreprise est Ubisoft Montréal (2 300 employés en 2013). Créé en 1997, le studio est à l’origine de projets comme Assassin’s Creed, Far Cry 3, Tom Clancy’s Splinter Cell, Prince of Persia ou Watch Dogs.

1996 est un date importante pour l’entreprise puisqu’elle marque l’entrée en bourse d’Ubisoft, avec succès. Pour Yves Guillemot, cela marque une vraie étape dans l’histoire de la société puisque l’opération lui a donné les moyens de devenir l’un des grands du jeu vidéo en leur apportant le capital nécessaire pour investir dans leur stratégie.
Depuis 1997 , Ubisoft n’a de cesse de poursuivre son internationalisation en ouvrant toujours plus de filiales de distribution et de création. L’entreprise enchaîne les licences à succès.
Ainsi en 2002, Tom Clancy’s Splinter Cell est si plébiscité pour son lancement sur Xbox que les stocks européens ont été dévalisés en moins de 24h. Ubisoft doit pousser Microsoft à réduire les délais de fabrication pour être réapprovisionné au plus vite.
En 2003, Ubisoft atteint le chiffre symbolique des 100 millions de jeux vendus et présente son nouveau logo (toujours d’actualité).

En 2007, c’est le lancement d’Assassin’s Creed qui au fil des épisodes connaît un succès retentissant. Rien qu’Assassin’s Creed 3 s’est vendu à 12 millions d’unités (59 millions au total).
En 2009, Ubisoft lance la licence Just Dance qui connaît là encore la gloire avec 44 millions d’exemplaires vendus à ce jour. Cette année est également celle du lancement de Uplay, sa plate-forme de services online (distribution de contenus en ligne, gestion des droits, multijoueur et communication).
Depuis 2009, l’entreprise a beaucoup capitalisé sur ses licences phares et le développement de sa présence sur le marché mobile (smartphones et tablettes).
Avec l’arrivée de la nouvelle génération de consoles de salon (Xbox One/ PS4), Ubisoft s’apprête à lancer 3 nouvelles licences : Watch Dogs, The Crew et Tom Clancy’s The Division… Avec succès ? L’avenir nous le dira.

Ubi Libre !

L’entreprise a été au cœur d’une controverse entre décembre 1998 et mars 1999. En effet, des employés d’Ubisoft ont monté le collectif  »Ubi Free » afin de protester anonymement contre les méthodes d’administration de la société. Se revendiquant comme le « premier syndicat virtuel », Ubi Free publiait sur internet des articles fustigeant le management des dirigeants, une communication interne « infantilisante », des contrats de travail « précaires », l’inégalité salariale entre hommes et femmes, le non-paiement du temps de travail supplémentaire et l’absence de structure permettant le dialogue social au sein de l’entreprise.
La direction d’Ubisoft organisa alors des réunions de dialogue avec le personnel et annonça l’organisation d’élections de délégués du personnel ainsi que la mise en place des 35 heures. Suite à cela, les créateurs ont gelé le site considérant qu’ils avaient rempli leur objectif initial : « une prise de parole, pas une prise de pouvoir ».

Du côté des joueurs, la controverse qui aura marqué ces dernières années est celle concernant le DLC « Épilogue » de Prince of Persia en 2009. Alors que de nombreux joueurs se plaignent concernant la fin du jeu original qu’ils jugent bâclée, Ubisoft propose un contenu additionnel que les joueurs assimilent à la véritable fin de Prince of Persia. L’entreprise a beau déclaré à qui veut l’entendre que les joueurs se font une fausse idée et que le DLC ne correspond aucunement à la véritable fin du jeu mais à une continuité optionnelle, rien n’y fera. Prince of Persia est considéré par beaucoup comme le jeu à la fin payante, accessible en échange de 10 euros.
Depuis, Ubisoft s’est abstenu de réitérer l’expérience.

Ce que vous pensez d’Ubisoft

Pour SOGZ : « Ubisoft est un très très bon studio. Leurs jeux sont aboutis, propres et certaines licences perdurent depuis plusieurs années, sans perdre de leur succès. Les Tom Clancy’s sont une référence, tout comme Rayman et Assassin’s Creed. J’aime également le système de points Uplay et je trouve sympathique le principe de proposer un mini challenge (facile quand même) pour cueillir quelques points afin de débloquer un article exclusif ou un fond d’écran. Bref, Ubisoft a la French Touch et ça c’est bon. »
Pour JPOsiX même si certains jeux Ubisoft ne sont pas toujours au top, dans l’ensemble il apprécie l’entreprise française : « J’aime Ubisoft parce que l’éditeur essaie de prendre des risques par moment en lançant de nouvelles franchises de qualité. Parfois il reste dans son confort. Mais quand je vois l’évolution des Assassin’s Creed, j’ai hâte de voir ce qu’ils vont nous proposer pour la suite. Et avec le grandissime Far Cry 3 je dis : vivement la suite ! Ubisoft écoute souvent le portefeuille des clients en proposant des DLC qui, à mon sens, devait être dans le jeu. Mais j’ai l’impression qu’ils écoutent de plus en plus les joueurs. Par exemple, le DLC d’AC IV est un vrai contenu additionnel et les applications compagnons qu’ils offrent sont utiles. Pourvu que ça dure. Par contre la French Touch ? À part Rayman, Beyond Good And Evil et les Lapins Crétins, je considère Ubisoft comme une entreprise canadienne. Rires. »

Enfin voici un dernier avis sur l’éditeur, celui de presidentevil40 : « Ubisoft est l’éditeur qui a le plus évolué et avancé ces dernières années. Avec de grosses licences devenues immanquables comme Assassin’s Creed, Rayman, Splinter Cell… Il y en a pour tous les goûts. Ubisoft essaye de contenter tout le monde, sur toutes les consoles. Quitte à donner le sentiment de multiplier un peu trop les portages sur tous les supports. Et contrairement aux autres, je trouve qu’Ubisoft prend des risques avec de nouvelles licences comme Watch_Dogs, The Division, The Crew… Ubisoft ne se repose pas sur ses acquis et c’est louable de leur part.
Cependant, multinationale oblige, on a parfois l’impression d’avoir du réchauffé sur les franchises annuelles. Sans compter un certain manque de finition et de nombreux bugs présents sur quelques productions.
Ubisoft doit continuer ses efforts et soutenir ses nouvelles licences afin de surprendre les joueurs sinon leur image risque de se détériorer comme celle de certains autres éditeurs (Activision ?). Il est difficile de parler de French Touch car la plupart des jeux sont développés par des équipes internationales. Et au final c’est quoi la French Touch ? Pour moi, ça n’existe pas. »

Aux avis de ses lecteurs s’ajoutent les différents tweets sur le sujet. Avec une large majorité, on observe que l’éditeur possède une bonne image auprès des joueurs, si l’on se réfère à ceux qui se sont exprimés. Malgré quelques critiques (il en faut), l’entreprise apparaît comme une société créative, talentueuse, qui prend des risques en lançant de nouvelles licences régulièrement et qui suscite une certaine fierté chez certains de par son origine française.

Ubisoft a fait beaucoup de chemin depuis ses débuts en 1986. Malgré quelques controverses, l’éditeur a su prendre les bonnes décisions et rester à l’écoute du marché et des joueurs. Ubisoft possède de puissantes licences fédératrices tels que Just Dance, Assassin’s Creed, les Tom Clancy’s, Rayman même si certaines semblent en perte de vitesse niveau vente. On peut reprocher un léger manque de finition sur certains de ces titres mais en général l’image que l’éditeur et ses productions dégagent auprès du public est positive.
Ubisoft a su s’imposer comme l’un des acteurs majeurs de l’industrie vidéoludique en ne se reposant pas que sur ses acquis et en renouvelant régulièrement son catalogue en injectant sur le marché de nouvelles licences (et souvent avec réussite). Néanmoins comme beaucoup d’éditeurs, Ubisoft use et abuse parfois de ses licences. L’entreprise a réussi jusque là à ne pas atteindre le point de rupture et à trouver un certain équilibre entre rentabilité et écoute du joueur. Espérons que ça dure.

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