Community Mag N°82 – Avril 2015

Oui, le dernier article sur la violence dans les jeux vidéo du Monde.fr est intéressant, mais…

Le 26 mars dernier, le Monde.fr a publié un article du journaliste William Audureau sur l’univers vidéoludique. Intitulé « Non, les jeux vidéo ne forment pas des djihadistes, mais… », le papier traite une énième fois notre média sous l’angle de la violence à laquelle on l’associe. L’article pose toutefois quelques réflexions pertinentes : l’intérêt réel des organismes de classification (l’ESRB et le PEGI) dont leur existence déresponsabilise les faiseurs de jeux ou le droit et le devoir pour une industrie créatrice de s’interroger sur la représentation du monde qu’elle véhicule. L’article revient également sur le phénomène de la constante levée de boucliers de la part des joueurs à chaque attaque contre leur « passion », ce qui arrange bien les différents acteurs de l’industrie qui n’ont pas à s’interroger sur leurs propres pratiques.

Néanmoins, qu’importe les intentions de l’auteur, son article stigmatise une nouvelle fois le jeu vidéo. En effet, si William Audureau précise que cela ne représente pas l’ensemble de la production vidéoludique, il ne cite en exemple que des scènes ultra-violentes de jeux (Watch_Dogs, GTA V ou The Order : 1886) afin de démontrer l’intérêt de ses propos et de sa réflexion. En 2013, selon l’organisme de classification des jeux en Europe, sur un total de 1 542 jeux seulement 9,7 % ont été affublés d’un PEGI 18 soit 149 jeux. Et pourtant, on ne parle à chaque fois que de cette minorité de jeux. A la décharge de l’auteur, les grosses productions, très exposées médiatiquement et donc au grand public, sont souvent classifiées PEGI 18 et donc violentes.
Cependant, pourquoi ne pas faire les mêmes reproches aux autres médias culturels ? La littérature, le cinéma, les séries télévisées (qui sont déjà passés par cette stigmatisation dans le passé) ont proposé ou proposent des œuvres très violentes : American Psycho de Bret Easton Ellis, Hostel, Dexter, 24 heures Chrono… j’en passe des dizaines et des dizaines. Les succès actuels de la télévision comme The Walking Dead et Games of Thrones sont deux séries ultra-violentes et pourtant je n’ai pas vu d’articles dénonçant la représentation du monde qu’elles véhiculent. Si le jeu vidéo nous rend acteur de la violence, il n’empêche que l’écran reste une barrière suffisante à quiconque (n’étant pas fragile psychologiquement) pour faire la différence entre le réel et le virtuel.
Si on veut traiter de la violence dans le jeu vidéo, il me paraît important de montrer qu’elle est aussi visible et présente dans les autres médias. Le problème de la violence dans les œuvres culturelles actuelles doit être traité dans sa globalité et pas systématiquement en fonction de son support, ici encore et toujours le jeu vidéo. Voilà pourquoi, les joueurs ont en marre qu’on associe leur média à la violence.
Et en y repensant, avec cet article, Mr Audureau, ne souhaitiez-vous pas tout simplement susciter la levée de boucliers des joueurs et faire parler Le Monde ?

 
Community Mag
N°82 – Avril 2015

 
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Dans ce numéro :
EN COUVERTURE – Batman Arkham Knight | APERCU – Final Fantasy XV | DOSSIER – Cinq ans de jeu vidéo, l’avis d’un joueur | TESTS – Battlefield Hardline – Dragon Ball Xenoverse – Helldivers – Under Night In-Birth EXE:Late | SONY & CO – Walkamn Waterproof | RETROSTATION – Devil May Cry | COLLECTOR – La sélection du mois