C’est dit – Les jeux narratifs ? So 2015 !

Dans une récente interview auprès du journal Le Monde, Serge Hascoët, directeur du pôle créatif d’Ubisoft et chargé de l’orientation de la production des jeux, a avoué avoir compris les joueurs et le fonctionnement entier de l’industrie mondiale du jeu vidéo : ils ne veulent pas d’une histoire cohérente (dans le sens linéaire) ou intéressante, ils veulent du monde ouvert !

Des jeux pensés pour tous

Nous savions déjà qu’il n’existait qu’un seul et unique profil de joueur, amateur de graphismes Super Ultra Haute Définition 4K en 3D à 180 fps. Nous savons maintenant qu’aucun joueur ne s’intéresse à l’histoire mais plutôt à des mondes ouverts à la Assassin’s Creed Syndicate (qui a été un gros succès commercial dès sa sortie comme on peut le voir partout sur le web). Pour rappel, dans Assassin’s Creed Syndicate, les deux protagonistes, assassins de l’ombre, montent aux yeux de tous un gang de brigands en clamant haut et fort leurs noms pour dominer Londres tout en délogeant l’ordre qui s’y était installé. Sur cette trame ultra-logique pour des gens qui veulent vivre cachés et qui n’est au final qu’un prétexte pour aller tuer des gens, il nous est offert la possibilité de devenir le larbin de personnes influentes et connues lors de la révolution industrielle : livraison de colis, vol de cargaison de bateau, passage à tabac… Toutes ces superbes missions sont dans ce jeu où vous êtes une star qui pèse, bah ouais. Pas du tout en contradiction avec la principale ligne narrative du scénario, non. T’as rien compris, fallait juste bien remplir ce monde ouvert de missions pour le rendre plus vivant… Et bonne nouvelle, l’Assassin’s Creed de 2017 ira encore plus loin, exit donc la trame principale qui n’a cessé de s’améliorer depuis la trilogie d’Ezio, devenez le larbin de « dix mille » personnes différentes !

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Des jeux de simulation parfaite

Pour exprimer les désirs de tous les joueurs, il faut citer Serge Hascoët : « Ce qui m’intéresse, c’est de faire des mondes qui seraient intéressants pour moi, même en tant que touriste […] même ma mère doit pouvoir s’amuser, faire du bateau, de l’hélicoptère, de la moto… Il faut que les gens qu’on y rencontre soient aussi intéressants, et que l’on s’y sente bien. […] ». Il ajoute : « Ce qui nous différencie, c’est qu’on demande aux créateurs de connaître leur sujet mieux que les meilleurs experts du monde. Si l’on regarde par exemple San Francisco ou la Bolivie ou encore New York, il faut que le créatif soit le meilleur spécialiste de cette ville. C’est quelque chose que l’on a formalisé il y a deux ans, on en est au début, et on va le pousser. » Attendez-vous donc à des simulations dans lesquelles vous pouvez faire ce que vous voulez dans la ville de votre choix reproduite dans ses moindres détails. Vacances pour tous, budget fictif sans limite ! Second life ! NON ! THIRD LIFE !

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Et les autres ?

Toute cette mauvaise foi juste pour dire que les joueurs ne sont pas tous les mêmes. La direction unique qu’Ubisoft veut prendre me désole. Les joueurs ont tous des attentes différentes ! A la rédaction du Community Mag, nous avons débattu, une moitié aime les jeux en monde ouvert (mais pas en solo), l’autre moitié veut des jeux scénarisés (mais pas en multijoueur) et au final nous n’avons pas trouvé de compromis. Il y a donc un public pour les jeux narratifs (au sens classique du terme) qu’Ubisoft va complètement ignorer. Même si l’orientation d’Ubisoft semble être justifiée par des idéaux créatifs, l’ombre des intérêts pécuniers plane au dessus de ces propos : « Les jeux linéaires ont chuté [commercialement]. Les jeux où l’on peut s’exprimer librement sont montés. ». Pour ma part, je pense que mettre tous ses œufs dans le même panier pour un gros éditeur n’est pas une bonne chose à faire mais qu’il serait bon de faire des jeux avec une narration « classique » et d’autres sans. Le risque est de s’aliéner une partie du public potentiel de l’éditeur. Je pense aussi que limiter les possibilités des équipes peut aussi nuire à leur créativité. L’avenir et les chiffres nous le diront.

Et puis, c’est vraiment dommage qu’un jeu mêlant la liberté du monde ouvert et un bon scénario comme GTA V n’existe pas. C’est aussi vraiment dommage que cet hypothétique jeu ne se vende pas très bien (seulement 60 millions de copies d’après IGN).

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